Hélène Labadie & Melanie Akeret – “Decorum” (peinture & design) – Le Café des Glaces – (Tonnerre, 89)

“Decorum”, une exposition de MELANIE AKERET, peintre suisse & HÉLÈNE LABADIE designer française  au Café des Glaces. 

Ouverture au public le 4 et 5 février de 14:00 à 18:30. Contact: lecafedesglaces@gmail.com / 06 29 19 17 49 37 rue de l’Hôtel de ville 89700 TONNERRE

“En 1975, Marcel Broodthaers présente Décor: A conquest, une exposition s’articulant en deux “period rooms”, la première du 19ème siècle et la deuxième du 20ème. Dans cette première, un crabe et un homard jouent aux cartes sur une table de jeu verte. Le décor de Broodthaers est une itération de son intérêt pour les systèmes qui substituent l’expérience directe avec celle de la représentation, s’articulant autour de l’ambuigité du mot « décor » en français qui peut signifier le décor comme ornementation comme le lieu de tournage cinématographique (le film set). Le décor, avec la mise en place statique de ses accessoires et son atmosphère évacuée, devient lieu d’exposition dans un sens plutôt littéral : le lieu où une action sera réalisée, où les promesses de l’intériorité s’accomplissent.

La notion de décorum présente elle aussi une ambiguïté, entre la signification d’un faste décoratif ou un ensemble de règles de bienséance à respecter. L’exposition au Café des Glaces maintient cette tension, s’articulant entre un apparat ornemental et une rythmique qui participe au rituel de ce que l’on considère être “exposition”. Le rythme est aussi un décor, une manière d’envelopper l’expérience. Dans l’épisode six de la première saison de Chef’s Table, le chef Magnus Nilsson décrit l’enchaînement de son menu dégustation : des vingt plats, les cinq ou six premières portions, plus petites, arrivent dans une succession rapide, une toutes les 180 secondes. Cette première partie du repas suit ainsi un rythme rapide et enchaîné. Puis, la deuxième partie s’exécute dans une allure plus lente. Un nouveau plat toutes les sept ou huit minutes. Au bout d’une demi-heure, le rythme revient à un niveau plus intense avec des petites portions. Puis retourne à des plats plus conséquents et un rythme plus lent. L’expérience gustative s’étale sur deux heures et demie, comprenant une trentaine de plats.
Le homard peint par Mélanie Akeret ne joue pas aux cartes, il est figé dans une ridiculité pleine sur la surface de la toile. Son autonomie en tant que sujet, supposé assumer par là une forme d’agentivité, articule plutôt la réification de sa subjectivité, collé à la surface de la peinture dont le type de représentation et la gamme chromatique rappellent une peinture autrefois de bon goût, une peinture dont la contemplation est apaisante. Les candle sticks d’Hélène Labadie renvoient à un animisme exacerbé tout en affichant leur pleine passivité, objets dérivés de projections anthropomorphiques. Répartis à travers l’espace en supportant des bougies qui se consument, ils tiennent la chandelle pour la rencontre du.de la spectateur.trice et de ses opérations oniriques. Le lucid dreaming, expérience durant laquelle l’on sait qu’on est en train de dormir tout en pouvant déterminer le cours des aventures rêvées, peut être facilitée par une bonne position et des exercices répétés. Performer le rêve par la mise en place d’un rituel. Cette rythmique maintient en tension la théâtralité du décorum, un dialogue embarrassé entre art et décor. (Paolo Baggi) ”
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Le centre d’art le Café des Glaces est ouvert depuis le juin 2021 et les statuts de son association sont déposés depuis novembre 2020.

 

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